Ma fille se porte bien. Je suis fatiguée mais je suis heureuse qu’elle soit enfin sortie, je n’en pouvais plus de ce ventre énorme.
Nous ne sommes pas restées longtemps à la maternité, mais suffisamment pour que ma mère et Cléo puissent rendre visite à Judy avant de repartir chez elles.
Oui, ma fille s’appelle Judy. A vrai dire, je n’ai pas réfléchi à son prénom durant ma grossesse. J’étais tellement en colère après Yanis que je n’ai pas suffisamment pensé à mon enfant. J’imaginais peut-être qu’on pourrait trouver un prénom ensemble. Mais Yanis en a décidé autrement. Je n’ai jamais aimé cet homme, mais maintenant j'ai tellement de rancœur, pas pour moi, mais pour Judy car elle n’a pas son père à ses côtés pour les premiers instants de sa vie. Et rien ne me dit qu’elle l’aura en grandissant…
J’avoue ne pas être à l’aise avec elle. Pas que je ne l’aime pas, mais je ne sais pas comment m’y prendre avec un enfant. C’est si petit, si fragile… Je donnerais tout pour avoir ma mère avec moi, là, tout de suite…
J’ai beaucoup entendu dire que lorsqu’un enfant pleurait, sa mère savait immédiatement pour quelle raison. A croire que je n’ai pas l’instinct maternel, car je n’ai aucune idée de ce qu’elle veut. A-t-elle faim ? Veut-elle un câlin ? A-t-elle besoin que je change sa couche ? Parfois, j’aimerais juste qu’elle se taise pour que je n’ai pas à me soucier de ce dont elle a besoin…
Mais en réalité, je n’ai pas tellement à me plaindre, car Judy est un bébé plutôt calme dans l’ensemble.
Alors c’est vrai, mes nuits sont de plus en plus courtes, mais j’essaie de gérer au mieux.
Ma mère m’a appelée pour savoir comment ça se passait avec Judy, et même si je ne suis pas encore très à l’aise avec elle, je n’ai rien dit à ma mère. Elle n’a pas besoin de se faire plus de souci, elle s’inquiète déjà suffisamment…
Au fil des mois, je m’adapte au mieux. Mais quelque chose m’a fait redescendre sur terre. Je suis tombée sur un article dans la presse, un que je n’aurais jamais voulu lire. Je ne m’y intéresse pas, en général, je n’ai pas besoin de savoir ce qu’ils racontent. Mais pour une raison que j’ignore, j’ai acheté ce magazine. Et je l’ai vu.
Il me dégoûte, il me répugne même. Qu’il m’ait fait ça à moi, à la limite, je m’en fiche. Mais il savait qu’il avait un enfant à naître, et pourtant… Sauver les apparences auprès des paparazzi, qu’il disait… Tu parles. Il ne s’en est pas soucié quand il a été pris en photo sous toutes les coutures avec cette blonde. Merci pour la réputation, quand même…
J’ai eu besoin de sortir. J’avais besoin de me sentir appréciée. J’ai trouvé une nounou en urgence, et je suis sortie au bar du coin. J’ai annoncé sur simstagram que je serais présente, et que je serais disponible pour mes fans.
Je suis arrivée avant tout le monde, seules quelques personnes étaient déjà sur place. Dont une que je n’aurais jamais voulu croiser.
Alors, tranquillement, je suis allée vers lui…
Et je me suis laissée aller…
- Qu’est-ce que tu fous là ? T’as rien à faire ici, tu débarques après tout ce temps, pour quelle raison ? Tu n’as jamais pris la peine de prendre des nouvelles, de t’intéresser à ton futur enfant, ta fille, mais ça tu as dû l’apprendre par la presse, mais maintenant je comprends pourquoi. Elle aussi tu vas lui faire un gosse et te barrer ensuite ?
- Laisse-moi t’expli…
- Il n’y a rien à expliquer Yanis ! Tu t’es barré ! Tu n’as jamais pris la peine de m’appeler ne serait-ce que deux minutes ! Et maintenant ta fille est née et visiblement tu n’en as rien à faire !
- Je voulais te faire réagir, j’avais l’impression que tu ne m’aimais pas, mais je suis un homme bien, tu sais.
- Et tu crois que ne pas t’intéresser à ta fille fait de toi un homme bien ? Laisse-moi rire.
- Ecoute, je m’en fiche de cette femme, on peut tout recommencer, toi et moi, je…
- Tu te fous de moi ? Pour quoi faire ? Le crac-crac n’est pas assez bien avec ta blonde ? Tu as raison Yanis, je ne t’aime pas, mais j’aurais au moins espéré que tu t’intéresses un minimum à ta fille.
- C’est toi que je veux, pas ton enfant.
- C’est ton enfant aussi Yanis, m*rde !
- Ce gosse aurait pu nous rapprocher, et…
- Tu t’es barré Yanis, en quoi ça nous aurait rapproché ? Ta fille n’est pas un objet.
- Retentons depuis le début, on peut s’arranger…
- C’est fini depuis longtemps, je ne te veux plus dans ma vie, alors si tu ne veux pas de ta fille, on n’a plus rien à se dire.
Il a fini par partir, et je ne suis pas certaine de le revoir. Il n’a montré aucun intérêt pour Judy, alors il peut aller se faire voir. Je n’ai vu que trop tard qu’un paparazzi nous avait pris en photo en pleine dispute. Voilà qui devrait encore fait la une de certains magazines, ça… Au pire, je m’en fiche, je n’ai rien à me reprocher finalement.
Les premiers fans ont commencé à arriver, alors j’ai pris sur moi et j’ai montré le meilleur de moi-même. J’aime être proche d’eux, recevoir de l’attention m’a toujours fait plaisir et je dois avouer que ça me fait du bien, ce soir.
Des mois ont passé. Difficilement, parfois, mais je n’ai jamais rien avoué à ma mère. J’ai appris que Zack vient de devenir papa d’un petit garçon. Je suis très contente pour lui et sa femme que je n’ai toujours pas eu l’occasion de rencontrer. J’ai l’impression que je n’ai pas revu Zack depuis une éternité.
Je suis déçue, par contre, de mes trois amies du lycée. Elles ne me contactent plus, Zack m’a annoncé qu’elles n’osaient pas de peur de se faire rejeter, étant donné que je ne fais plus partie du même monde qu’elles. Ceci dit, je serais heureuse de les revoir…
Et puis, le tournage du film dans lequel j’ai été prise commence enfin. Rania est contente de me voir, ça faisait un moment que je ne m’étais pas retrouvée sur les plateaux de tournage…
Mais je suis en forme, et prête à donner encore une fois le meilleur de moi-même.
Malheureusement, même si le tournage était prévu depuis un moment et que je pouvais m’organiser à l’avance, la nounou qui devait garder Judy a eu un problème de dernière minute et n’a pas pu venir me la garder. J’ai dû emmener Judy avec moi… Demandant à Rania de s’occuper d’elle pendant que je tourne. Cela ne la dérange pas.
Je suis partie au maquillage, sans y trouver Karim. Il est arrivé en retard… Je l’ai retrouvé à l’extérieur.
- Qu’est-ce que tu fous là ? Tu devrais pas être dans ton salon, à m’attendre ?
- J’ai eu un problème de…
- Je ne veux pas le savoir, tu arrives à l’heure, point. Maintenant dépêche-toi, on a assez perdu de temps comme ça.
- Ca vous va ?
- Oui, pour une fois.
Nous avons commencé le tournage de ce film policier/science-fiction où l’on doit arrêter un malfrat venant d’une autre planète.
J’ai pu faire une pause entre deux car j’avais une faim de loup, heureusement il y a toujours de bons petits plats, ici.
Le tournage a duré plusieurs semaines. C’est épuisant mais j’aime ça ! Parfois j’emmenais Judy, parfois la nounou pouvait me la garder. Ce n’est pas simple à gérer mais je fais comme je peux. Le réal n’approuve pas vraiment que j’emmène ma fille ici, mais n’ayant pas le choix il n’insiste pas plus que ça.
Nous tournons enfin les dernières scènes.
Mon personnage, une flic, est tombée amoureuse de son partenaire, qui n’est pas insensible à ses charmes, mais qui résiste, trop pris par l’affaire en cours.
Jusqu’au jour où je parviens à arrêter celui que l’on recherchait depuis si longtemps, un extraterrestre venu envahir notre planète.
Celui-ci n’étant pas prêt à se laisser faire, il s’est battu jusqu’au bout, cherchant à ne pas se retrouver derrière les barreaux. Mais la flic que je représente ne se laisse pas impressionner par cet homme venu d’ailleurs.
Finalement, mon personnage et son partenaire fêtent leur réussite ensemble au bar.
Et après plusieurs verres de jus-de-fruit, nos personnages se laissent aller pour finir ensemble. Classique. Mais efficace.
J’ai récupéré ma fille et je suis partie, sous les éloges du réal’ et de la prod’.
Malheureusement, le film n’a pas eu le succès escompté, et malgré le talent de tous les acteurs, nous n’avons pas été nominés pour une récompense. Je sais que mon talent n’est pas remis en cause, je sais ce que je vaux et mes fans le savent également. Ils sont juste déçus que j’ai pu jouer dans un film comme celui-ci. Mais après tout, on ne peut pas réussir à tous les coups, si ?
Quoi qu’il en soit, je garde le moral, et même si c’est compliqué, j’ai toujours le sourire lorsque j’appelle ma mère. Elle s’inquiète vraiment beaucoup. Pour elle, je vais bien, et Judy aussi, mais… ce qu’elle lit dans la presse au fil du temps ne la rassure pas. Elle a appris ainsi que j’avais revu Yanis, et qu’il ne voulait pas prendre contact avec sa fille. Puis elle a appris l’échec de mon film. Mais je tente de lui montrer que tout va bien, malgré tout.
En réalité, c’est de plus en plus difficile. Les seuls moments où je dors, sont quand Judy dort elle aussi.
Et en ce moment, elle ne dort pas beaucoup…
Je suis épuisée. Et je commence à perdre pied. Bientôt, ma fille va grandir et je prends conscience qu’elle ne peut pas rester ici, dans cette maison, qui commence à tomber en ruines… Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ?
Je suis perdue et je n’en peux plus…
Et puis le temps passe tellement vite, plus vite que je ne l’imaginais, puisque c’est déjà l’anniversaire de Judy. Je m’efforce de sourire devant elle, parce que c’est important. Je ne l’ai pas désirée, mais elle n’a rien demandé cette petite. Même si je ne sais pas m’y prendre avec elle, j’essaie de faire de mon mieux.
Et la voilà maintenant qui fait ses premiers pas.
C’est vrai, elle ressemble à son père. Elle va sans cesse me rappeler l’erreur que j’ai faite d’être avec lui. Mais malgré tout, je pense que je peux affirmer que je l’aime, ma fille.
Mais en voyant sa bouille, toute joyeuse, je ne peux pas. Je ne peux plus. J’ai besoin de prendre du recul.
Alors, j’ai décidé de rendre visite à ma mère, à Windenburg…